Il nous a quittés comme il était apparu : brusquement. Robert Altman, l’auteur de M*A*S*H, The Player, Short Cuts ou encore Gosford Park, s’est éteint le 20 novembre à Los Angeles, quinze jours avant la sortie française de The Last show (A prairie home companion).
Le cinéaste a dirigé des grands noms du cinéma : Elliott Gould, Robert Duvall, James Caan, Donald Sutherland, Marcello Mastroianni, Sophia Loren, Kim Basinger, Chiara Mastroianni, Forest Withaker, Stephen Rea, Jean-Pierre Cassel, Anouk Aimée, Rupert Everett, Rossy De Palma, Lili Taylor, Tom Novembre, Richard E. Grant, Julia Roberts, Tim Robbins, Lauren Bacall, Tracey Ullman, Linda Hunt, Danny Aiello, Jean Rochefort, Michel Blanc, François Cluzet, Warren Beatty, Julie Christie, Tim Robbins, Whoopi Goldberg, Fred Ward, Vincent D’Onofrio, Sydney Pollack… Les sommets de sa carrière, en matière de reconnaissance, sont sans conteste M*A*S*H (Palme d’Or à Cannes), Buffalo Bill et les indiens (Ours d’Or du Meilleur film), Short cuts (Lion d’Or à Venise). Un Oscar d’honneur lui sera décerné en 2005 pour « l’ensemble de sa carrière ».
Robert Altman a probablement été le seul à oser croquer la société et ses maux avec autant d’ironie et de finesse. Il a fait des films choraux sa « spécialité » : il aimait croiser une multitude de destinées, ce qui offrait parfois une vingtaine de personnages principaux. Un mariage, Prêt-à-porter, The Last Show et ses chefs-d’œuvre Nashville et Short Cuts en sont les illustrations les plus marquantes.
Adulé puis boudé par les critiques et le public, maudit par les studios, son ultime film, The Last show, dont le titre résonne comme un symbole, est le testament d’un cinéaste précurseur, paradoxal, rebelle, critique, éclectique, modeste, et incontournable.
Précurseur : C’est en 1970 avec le film M*A*S*H qu’Altman devient célèbre. Outre son caractère provocateur, le film représente une innovation majeure sur le plan de la réalisation : tout d’abord, le soin apporté aux images n’est plus aussi marqué (flous récurrents), et surtout le travail de la bande-son (dialogues qui se chevauchent, musique superposée aux dialogues) est remarquable. M*A*S*H, c’est aussi la première fois que le mot « fuck » est employé dans un film de studio…
Paradoxal : Bien qu’il n’ait jamais eu peur d’insulter les gens, Altman se montrait très doux lorsqu’il le voulait. Alcoolique notoire, sa sobriété se révélait à toute épreuve lorsqu’il travaillait. N’hésitant pas à mettre à nu la société américaine, il était un homme très pudique sur sa vie privée…
Rebelle : Tout au long de sa carrière, Robert Altman n’a jamais pu et su se conformer aux studios pour lesquels il travaillait. M*A*S*H fut ainsi très difficile à monter. Il eu également une relation conflictuelle avec Warren Beatty sur le tournage de John McCabe, et n’hésita pas à s’en prendre à ses propres patrons en réalisant The Player, critique virulente d’Hollywood et de ses bassesses. D’un point de vue personnel, il était également membre de la NORML (National Organization for the Reform of Marijuana Laws) Advisory Board.
Critique : Altman portait un regard à la fois cynique et agressif sur les thèmes qu’il abordait : l’armée (M*A*S*H), la conquête de l’Ouest (John McCabe), les institutions (Un mariage), la psychanalyse (Beyond Therapy), Hollywood (The Player), l’Amérique bien-pensante (Short Cuts), la mode (Prêt-à-porter), la politique (Kansas City), l’aristocratie (Gosford Park) ou encore la radio (The Last Show), sont autant de sujets qui sont souvent férocement attaqués.
Eclectique : Tout au long de sa carrière, Altman a abordé un nombre incroyable de genres différents : films de guerre (M*A*S*H, Streamers), polars (Le Privé, The Gingerbread Man), westerns (John McCabe, Buffalo Bill et les indiens), films intimistes (Trois femmes), films « pop-corn » (Popeye), comédies (Beyond Therapy),…
Modeste : Malgré son statut de cinéaste qui compte, Altman n’hésitait pas à répondre qu’il n’était qu’un « copieur » qui puisait son inspiration auprès de cinéastes à qui il portait une réelle admiration : Bergman, Fellini, Kurosawa, Hawks, Huston et Renoir.
Incontournable : Altman a été élu 17ème plus grand cinéaste de tous les temps par Entertainment Weekly.
Bastien Martin
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