Les Infiltrés (The Departed)

Les Infiltrés (The Departed)

Les Infiltrés (The Departed) 2 étoiles

Un film de Martin Scorsese

Avec Jack Nicholson, Martin Sheen, Leonardo DiCaprio, Ray Winstone, Alec Baldwin, Mark Wahlberg, Matt Damon, Kristen Dalton

Article de Aude Fauvel


On attaque quotidiennement Hollywood pour son manque manifeste de créativité. Le dernier film de Martin Scorsese n’échappera vraisemblablement pas à cette critique puisqu’il est le remake d’Infernal Affairs, film hong kongais d’Andrew Lau, qui a fait depuis sa discrète sortie en 2004 de nombreux émules. Les Infiltrés n’est pourtant pas un vulgaire copié/collé, c’est pourquoi il n’est peut-être pas nécessaire de le juger au regard de son prédécesseur. Enfin, le projet est aux mains d’un réalisateur de talent qui a déjà fait ses preuves, malgré l’essoufflement visible de ces récentes années où ses dernières œuvres sont très loin d’avoir fait l’unanimité.

Martin Scorsese est un réalisateur attendu au tournant, dont on désespérait de retrouver le souffle des ses plus grands films tels que Les Affranchis ou Casino. Les Infiltrés n’est certainement pas à la hauteur de ses glorieux prédécesseurs, il n’en recèle pas moins d’une énergie qu’on imaginait presque perdue. A un rythme survolté, imprégné grâce à l’excellent montage de Thelma Schoonmaker (fidèle à Scorsese depuis Woodstock), le film nous plonge dans la fuite en avant de deux personnages, l’obscur Billy Costigan, flic infiltré au cœur d’un réseau mafieux, et Collin Sullivan, inspecteur brillant mais profondément corrompu. Contraints au mensonge et à la dissimulation, jeux dans lesquels l’un excelle et dont l’autre souffre, Collin et Billy se perdent rapidement dans les méandres de leurs rôles. Le flot des événements pèse de tout son poids sur les deux hommes et participe à la rapide déconstruction de leurs identités.

Le flou qui entoure progressivement l’intégrité identitaire des personnages révèle peu à peu les conflits intérieurs dont ils sont victimes. La succession ultra nerveuse des images et l’énergie haletante des plans, captées par une caméra sans cesse en mouvement, entraînent héros et spectateurs vers la désagrégation précipitée de tout repère et de toute valeur. Emportés par cette fièvre identitaire, l’unique ambition de Collin et Billy n’est bientôt plus que de préserver leurs propres vies.

Les Infiltrés est porté par un excellent jeu d’acteurs, Leonardo Di Caprio s’y distinguant avec talent en homme proche de la rupture. Jack Nicholson sort également son épingle du jeu, interprétant un rôle à sa mesure, celui d’un mafieux irlandais, dont la fantaisie baroque rappelle aussi bien la figure du diable que celle du père. L’issue de ce jeu de double souffre malheureusement de la multiplication des rebondissements, ce qui ne manque pas de provoquer une certaine lassitude dans la dernière demi-heure du film. Casting impressionnant et ambitions commerciales assumées, le dernier Scorsese tient ses promesses mais souffre immanquablement d’un manque de finesse. En restant dans les non dits et en effleurant plus délicatement la psychologie de ses personnages, Les Infiltrés aurait peut être gagné davantage en subtilité.

Fiche Film

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