Chaleur et poussière (Heat and Dust) 
Article de Aude Fauvel
Adaptation du roman de Ruth Prawer Jhabvala, Chaleur & Poussière décrit la fascination de deux femmes pour l’Inde, leur attachement progressif à ce pays et la réaction des sociétés dans lesquelles elles évoluent. Dans les années 1920, la jeune Olivia rejoint son époux Douglas, membre de l’administration coloniale, dans une ville du nord de l’Inde. Souffrant d’un profond ennui auprès de la petite société anglaise de Satipur, Olivia se lie d’amitié avec le prince local, le Nawab de Khalm. Soixante ans plus tard, sa petite nièce Anne, journaliste à la BBC, part en Inde pour reconstituer les éléments de sa tragique destinée.
« J’ai toujours été intéressé par la grandeur et la décadence des civilisations (…) l’effort d’une civilisation pour en pénétrer une autre et en laisser la trace derrière elle m’a toujours passionné », déclare James Ivory. Confrontation entre les sociétés indiennes et britanniques dont les mœurs sont souvent contradictoires, Chaleur & Poussière révèle également le fossé culturel qui sépare Anne et Olivia. En établissant un parallèle entre les expériences de ces deux femmes en Orient, Ivory entame une réflexion profonde sur l’évolution de la condition féminine dans les sociétés occidentales. Comme c’est régulièrement le cas chez le réalisateur, les rapports amoureux qui lient les personnages principaux se déclinent sur un mode Orient/Occident que l’on retrouvait dans Shakespeare-Wallah ou dans Bombay Talkie. Encore une fois, l’ouverture de ces cultures l’une à l’autre est rendue possible par le biais du sentiment amoureux. Cette réunion des mondes est à l’initiative de femmes occidentales, plus réceptives ou peut-être plus portées à l’exotisme que leurs homologues masculins. Si Olivia s’éprend du mystérieux Nawab, Anne connaît un destin similaire en tombant sous le charme de son hôte Inder Lal.
Enceinte du Nawab, Olivia est contrainte à l’avortement et se retrouve définitivement rejetée par la petite communauté britannique à laquelle elle croyait appartenir. Tandis que l’une vit sa grossesse comme un terrible fardeau, la seconde, Anne, vit celle-ci avec félicité, sans même ressentir le besoin d’en informer le père. Chassé croisé entre deux époques où les valeurs et la moralité sont diamétralement opposées, Chaleur & Poussière s’interroge sur les rapports de culture, de classes et d’éthiques. Le cadre de l’Inde mystique est également propice à la considération des principes qui régissent les destinés et à la capacité des êtres à dominer la fatalité.
Reconstitution soignée de l’Inde coloniale, paysages grandioses des montagnes du Cachemire, ce film est une fresque à l’esthétisme raffiné. La caméra du réalisateur passe avec aisance du palais du Nawab où se déroule de formidables festins, à la splendeur des décors naturels de l’Inde. A la beauté de la photographie s’ajoute le classicisme élégant de la réalisation qui a fait, depuis le succès de Chaleur & Poussière, la réputation de James Ivory.