The Householder 
Article de Aude Fauvel
Prem Sagar est un jeune professeur inexpérimenté dont l’autorité peine à s’affirmer sur ses turbulents élèves. Marié depuis peu à la ravissante Indu, Prem assume avec difficulté son nouveau statut de chef de famille. Les deux époux entretiennent une relation profondément troublée. Tandis que Prem se lamente sur les embarras liés à sa profession et blâme sa jeune femme pour son manque de tenue ménagère, Indu fuit les récriminations de son mari et se réfugie dans un mutisme profond. Confronté à des désagréments d’ordre financier et amoureux, Prem regrette amèrement le temps où il n’était qu’un étudiant insouciant. Lorsque Indu tombe enceinte, les responsabilités du héros sont décuplées et précipitent davantage sa remise en question.
Incapable d’affronter lui-même à ses propres angoisses, Prem incarne un jeune homme en perte de repères, égaré entre l’adolescence et le statut d’adulte. A la recherche d’une solution aux conflits qui agitent son esprit, cet apprenti chef de famille cherche conseil auprès d’une multitude de personnages dont les tempéraments sont relativement opposés. Pourtant, ni son ami plus expérimenté, ni ce jeune Américain en quête d’illumination, ni même sa propre mère, ne parviennent à apaiser les tourments du jeune homme. Pire, l’installation de la mère de Prem, redoutable femme aux principes ancrés dans la tradition, dans le logis du jeune couple, précipite le départ d’Indu. Accablée par les exigences de cette marâtre envahissante, la jeune femme rejoint le domicile de ses parents sous le regard impuissant de son mari. Paradoxalement, c’est lorsque l’absence de son épouse se fait lourdement ressentir que Prem en tombe amoureux. Apprenant avec patience à la connaître, il se refuse finalement à en faire une épouse traditionnelle semblable au modèle maternel et accepte progressivement sa modernité affleurante.
The Householder est en ce sens un film sur une jeunesse en quête de repères personnels, et bien souvent en conflit avec la tradition. Le film nous renseigne avec précision sur les mœurs des classes moyennes indiennes dans les années 1960. Epoque d’importante transition pour l’Inde, ces années voient la modernité remettre en cause de nombreuses traditions sociales. Les deux jeunes époux s’interrogent ainsi sur la valeur de certains usages propres à leur société : l’attachement au foyer, le rôle de la mère, celui du chef de famille et plus précisément sur le mariage arrangé : « Comment peux t’on aimer quelqu'un que l’on ne connaît même pas ? » s’étonne Prem.
Le récit de The Householder est proche, en de nombreux points, de la forme du conte ou de la parabole. Prem est un personnage dont la quête est ambiguë car ses difficultés ne sont pas uniquement d’ordre financier ou amoureux. En consultant des personnages à la nature si contrastée, le jeune homme invoque tour à tour la tradition et la rigueur, incarnées par sa mère, la spiritualité dont le swami et le jeune américain sont le symbole, voire la modernité et le savoir personnifié par ses collègues professeurs. L’impuissance de chacun de ces êtres offre contre toute attente la meilleure des réponses, celle de la nécessité pour Prem d’affirmer sa propre personnalité et d’accueillir sans peur ses sentiments.
Première collaboration du réalisateur américain James Ivory avec le producteur Ismaël Merchant et la romancière Ruth Praw Jhabvala, The Householder est une véritable satire sociale où aucun personnage n’est épargné. Comédie sur la jeunesse et sa difficulté à trouver une place dans la société, le film bénéficie de la fraîcheur des deux acteurs principaux, charmants par leur candeur et leur réserve. Si les personnages secondaires sont moins convaincants et parfois caricaturaux, cette première œuvre n’en demeure pas moins attachante et drôle.