Berlin (Lou Reed's Berlin)

Berlin (Lou Reed's Berlin)

Berlin (Lou Reed's Berlin) 4 étoiles

Un film de Julian Schnabel

Article de Sidy Sakho

Produit d'une longue amitié, Berlin, le film, est l'actualisation d'un projet trop longtemps différé : celui, pour Lou Reed et ses compagnons de route, de réhabiliter sur scène son album Berlin, injuste échec commercial en 1973. Toute une histoire.


Il y avait à craindre que Julian Schnabel fasse passer son regard d'auteur au-delà de son sujet documentaire : Lou Reed, le vieux jeune homme, l'éternel, l'inusable. Mais, et c'est sans doute une chance, Lou Reed est son ami, il ne pouvait donc pas lui faire ça. Berlin ne sera pas un film du cinéaste Julian Schnabel, auteur du surestimé Le scaphandre et le papillon, pas un objet labellisé, marqué au fer rouge par la pesante signature d'un auteur de renommée internationale. Si film il doit y avoir sur Lou Reed, si offrande doit être faite de sa voix toujours précise et métallique, en mars 2008, de ces songs aussi poignantes que miraculeuses, surgissant tout droit du passé, ce sera sous la pleine direction de la star.

A sa sortie en 1973, "Berlin", album conceptuel contant les amours malheureuses de Caroline et Jim, jeunes gens symboliques de l'époque, fut un bide conséquent, menaçant de clore d'un coup sec la carrière de l'ex-leader du Velvet Underground. Trop explicite sans doute dans sa description du mal être, son approche du désarroi junkie... trop « vécu ». Ce fut pourtant, pour le chanteur comme pour son producteur et ami Bob Ezrin, le résultat d'un total investissement, d'un long et éprouvant processus de fusion entre le travail, l'écriture, la réalisation de ce projet et la vie en elle-même. Depuis, la vie a continué, les carrières ont suivi leur cours, tant bien que mal – plutôt pas mal, si l'on considère que le rockeur n'a jamais coulé, ne s'est jamais ringardisé – mais quelque chose, c'est une évidence, restait à accomplir...

Décembre 2006, St Ann's Warehouse, Brooklyn : après 33 ans de mise en boîte, l'opportunité de faire vivre enfin cet album fut trouvée, ou plutôt organisée, par Reed, bien sûr, le toujours fidèle et passionné Ezrin, plusieurs collaborateurs de l'époque et donc Julian Schnabel qui, bien avant de devenir cinéaste, eût une longue vie d'artiste new-yorkais. Berlin, le film, est l'empreinte de ce live tardif, de cette explosion trop longtemps retenue. Mode plugged, la machine est lancée, ancêtres et héritiers (le jeune chanteur Antony, émule androgyne aux choeurs) élisent résidence en une remuante et planante éternité musicale.

Dans le genre de la captation de concert, l'une des références est encore aujourd'hui Stop Making Sense, l'union eighties du cinéaste Jonathan Demme ( Le silence des agneaux...) et du groupe électro déjanté Talking heads. Déjà, il semblait évident que l'intérêt du projet dépendait autant de l'intelligence du filmeur dans son entreprise de « saisie » de la musique et de son progressif épanouissement scénique que du don, de la disponibilité physique particulière des artistes filmés. Eternel jeu de distance et de proximité, entre pleins et déliés, épuisement et résurrection, aussi casse-gueule et risqué que producteur, dans ses sommets, d'inoubliables éclats, d'une sensation de perte de repères et de retrouvailles permanentes.

Dans le genre de la captation de concert, l'une des références sera désormais Berlin, union nouveau siècle du cinéaste Julian Schnabel (Basquiat...) et du rockeur sexagénaire Lou Reed. Le filmeur brille par l'intelligence de son entreprise de saisie de la musique et de son progressif épanouissement scénique. Les chanteurs et musiciens filmés se donnent sans mesure, dans leur pleine et totale disponibilité physique. Actualisation parfaite du fameux jeu de distance et de proximité, entre pleins et déliés, épuisement et résurrection, casse-gueule, risqué, mais producteur, dans ses sommets, d'éclats inoubliables, d'une sensation de perte et de retrouvailles incessantes.

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