Quand j'étais chanteur

Quand j'étais chanteur

Quand j'étais chanteur 2 étoiles

Un film de Xavier Giannoli

Avec Gérard Depardieu, Mathieu Amalric, Cécile De France, Christine Citti, Alain Chanone

Article de Samir Ardjoum


D’abord une voix. Agréable, grave et émouvante. Un geste précieux, des manières simples et des yeux de velours. Une voix d’ange en quelque sorte, mêlée de tendresse infime et de tristesse cachée. Une allure princière, rock’n’roll des temps anciens, chevaleresque jusqu’au bout de ses chaussures pointues. Il s’appelle Alain Moreau et son job, c’est de former des couples. Il est chanteur et la musique peine à le lui rendre. Bals populaires, discothèques provinciales, conférences et séminaires d’entreprise, telles sont ses salles de concert. Delpech, Sheila, Mike Brant et d’autres sont ses inspirations. Il écume les vagues de l’ennui pour créer quelques moments de bonheur, quelques séquences où l’amnésie volontaire d’une vie de merde est souvent nécessaire. Et puis en plein milieu de ce tournis, une apparition. Elle se prénomme Marion, travaille dans l’immobilier, divorcée, élève tant bien que mal un garçon agité. Cette douceur se heurte à la force tranquille d’Alain. Du haut de ses soixante ans, cet ours se réveille après avoir trop longtemps hiberné. Le choc sera brutal.

Le dernier film de Xavier Giannoli (Les Corps impatients, Une aventure) est une belle réussite. Un cinéma en demi-teinte, subtil et très proche de la réalité des sentiments. Le quotidien selon Giannoli est élémentaire comme une chanson d’amour. Des hauts et des bas remplissent les journées d’âmes esseulés, les forçant à se démarquer coûte que coûte de leur monotonie ambiante. En cela, l’auteur réussit avec beaucoup de justesse et de profondeur à nous présenter ces quelques personnages sans trop s’orienter vers un pathos habituellement utilisé pour ce genre de film. Etrangement, le film garde ses positions d’outsider comme si la peur de pénétrer dans la cour des grands se faisait cruellement sentir. Il y a effectivement une similitude avec ces quelques œuvres lyriques où le quotidien des petites gens avaient marqué toute une génération de spectateurs (Carné, Renoir, Duvivier,…). Un cinéma qui se gardait de creuser le gouffre psychologique des personnages, un cinéma qui ne retenait que la surface de l’iceberg, orientant le spectateur vers un maelström de réflexions et de constats amers. Un cinéma qui tend à refaire sa place dans une société complètement submergée par l’évolution des choses, des mœurs, de la vie en somme. Une histoire d’amour reste tout de même intemporelle quoiqu’on en dise.

Giannoli en est conscient tout comme le spectateur. Le seul qui ait l’air de ne plus le croire, c’est Depardieu. Belle innocence, candeur juvénile retrouvée, le résultat est impressionnant. Depardieu donne le ton. Admirable retour d’un acteur qui sans aucun doute est le comédien français de ces trente dernières années. Quand j’étais chanteur est le chaînon manquant d’une filmographie en dent de scie. Celle de la période 1990/2000. Un peu comme Gabin ou Michel Simon, quelque chose qui oscillerait entre le comédien pantagruélique et l’ambitieux homme de scène. Ici, on retrouve un acteur qui ne fait pas dans la composition, il joue tout simplement et c’est déjà bien !

Solitude éclatante dans chaque séquence et qui rapprochera les deux protagonistes. Thème récurrent qui suspend pour une ultime étreinte, un cinéma lourd de conséquence. Giannoli réussit son pari car il ne prend à aucun moment les vessies du spectateur pour des lanternes. L’histoire est belle. C’est une base fondamentale pour n’importe quel film à l’eau de rose. Ensuite, les acteurs sont convaincants. Sincérité pour un thème qui nous ressemble, qui nous chatouille et surtout qui nous disperse (pour certains). Enfin, une réalisation sobre qui ne prend jamais les devants, qui laisse filer sa proie sans pour autant la manipuler. Giannoli a simplement laissé son cœur parler.

Fiche Film

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