Marathon cinématographique : Oshima, Sirk et Lang chez Carlotta Films

Marathon cinématographique : Oshima, Sirk et Lang chez Carlotta Films

Marathon cinématographique : Oshima, Sirk et Lang chez Carlotta Films

Article de Clémence Imbert

Une Olympiade peut en cacher une autre. Oshima, Sirk et Lang réunis pour un marathon cinématographique. Trésors cachés édités en DVD par Carlotta Films.


Qui a décrété que les Jeux Olympiques n'étaient réservés qu'aux athlètes professionnels ? Une Olympiade peut également se courir loin de l'Aquacube ou du Nid d'oiseau ;  mais ce n'est pourtant pas moins une épreuve de fond, d'endurance, où les compétences individuelles se retrouvent mises à rude épreuve dans un collectif, partagées et débattues.

Sans cocktail tonique - autrement dit EPO -, mais avec un panaché de DVD, le Laboratoire accompagne les amateurs rétifs à la manifestation pékinoise, aux polémiques et à la comptabilisation des médailles. Tout aussi efficace qu'un produit dopant, Nagisa Oshima, Douglas Sirk, Fritz Lang, Eisentien et Jalil Lespert ravivent le trophée cinéphile, l'esprit et le goût pour l'éclectisme.

Edités par Carlotta Films, Nuit et Brouillard au Japon et La trilogie de la jeunesse de Nagisa Oshima, permettent de revenir sur quatre oeuvres inclassables et essentielles de ce génie japonais. Rappelant le film d'Alain Resnais, Nuit et brouillard au Japon n'est pourtant pas  une évocation des camps de déportation mais la peinture lugubre de la société japonaise des années 1960, sous tutelle américaine. Brillant et provocateur, ce long métrage, sublimé par des plans-séquences symbolistes,  s'inscrit à la fois dans le film politique et la leçon de réalisation. Réalisée la même année, La Trilogie de la jeunesse (Une ville d’amour et d’espoir (1959), Contes cruels de la jeunesse (1960), L’enterrement du soleil (1960)) perpétue la description du malaise, de la violence et du désespoir de la jeunesse japonaise au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Cette noirceur se retrouve chez Fritz Lang, qui s'engagea lui aussi à dénoncer les méfaits de la seconde Guerre Mondiale dans Les Bourreaux meurent aussi, édité en même temps que La Rue Rouge, remake de La Chienne de Jean Renoir.

Changeons radicalement de ton et de continent : deux films de Douglas Sirk sont réunis et édités - toujours - chez Carlotta Films : No room for the groom et Qui donc a vu ma belle ?. Maître du mélodrame, le réalisateur  allemand, qui a émigré aux Etats-Unis, élabore et cristallise ses quiproquos sentimentaux, son goût pour la surcharge formelle et la fausse légèreté de ses récits.  Face au charme de Rock Hudson  et Tony Curtis, le coeur de Piper Laurie bat la chamade, le notre aussi. D'amour, il en est aussi question dans le très beau et ambitieux film de Jalil Lespert. Ignoré lors de sa sortie au cinéma, 24 mesures est pourtant porté par un trio convaincant et bercé par une partition jazzy, pierre angulaire de sa démarche artistique.

Ce laboratoire revient également sur le dynamisme du cinéma coréen, dont Antoine Coppola, cinéaste, historien et spécialiste de cette contrée peu explorée explique les caractéristiques, les moyens de financements, tout en évoquant les films de Hong Sang-soo. Une interview exhaustive pour comprendre l'importance d'un cinéma jeune, encore en pleine gestation et prêt à partager son esthétique réaliste et sociale.

Pas de chrono mais un bon tempo, telle est la formule gagnante du Labo!
Bonne lecture à tous !
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