D'un côté comme de l'autre de l'Atlantique, de manière emphatique et contestataire, les enjeux politiques sont troubles, touchant à leur terme mais toujours dans l'expectative. Qui sera le nouveau président des Etats-Unis, Obama ou McCain ? Quel sera l'avenir des téléchargements en France et les conséquences de l'amendement ou non de la loi Hadopi ?
C'est d'âme qu'il faut changer non de climat, disait Sénèque, à croire que cet axiome est atemporel et dicte la prégnance de l'évolution des mentalités. En 2008, deux actualités surfent sur la même vague du changement « d'âme », et s'interrogent sur l'hypothétique remaniement à venir et sur l'incompréhension d'un refus de progresser.
Apres la loi Dadvsi, son succédané nommé Hadopi s'apprête à vivre des heures difficiles entre contestation (de nombreuses pétitions ont été signées), et aveuglement du cabinet Albanel, qui refuse d'entendre les dires désobligeants, certes, mais véridiques, du Conseil d' Etat. Car en effet, alors que des milliers de fichiers s'échangent d'un réseau à un autre, pourquoi imposer une loi en sa défaveur ? Pourquoi ériger les citoyens aux rangs de voleurs, porter atteinte à la liberté de communication et qui plus est, enfreindre leur droit à la vie privée ? Tout simplement, pourquoi nager contre le courant des connecteurs du cinquième pouvoir ?
Joseph Paris,
fondateur de Ralamax Prod, revient au cours d'un entretien sur cette loi et sur sa société de production, nouveau fléau pour certains, avenir d'une nouvelle ère pour d'autres. Ralamax Prod, créée en 2006, constitue une des avancées les plus cohérentes concernant l'avenir de la double toile mêlée : Web et Ciné. Désormais - et il faut se faire à cette idée, produire un film dans l'optique de la chronologie des médias est obsolète et entraîne le formatage des productions cinématographiques. Ralamax Prod défend son modèle : produire et distribuer des films dans le but de les laisser en téléchargements légaux, d'encourager la copie et la modification de l'oeuvre. Un cinéma Libre et Participatif qui aura pignon sur rue les 24 et 25 septembre à l'occasion du Paris Capital du Libre. (www.paris-libre.org)
Le regard politique à travers le prisme du cinéma ne s'arrête pas là, et se diversifie sous les regards de la caméra, et non plus dans sa périphérie. La dernière ligne droite de l'élection présidentielle américaine offre à ARTE Video l'opportunité d'éditer deux coffrets sur L'autre Amérique. Comprendre ce pays à l'approche d'une étape politique décisive passe par la démonstration d'un visage pluriel de la société américaine. Les deux coffrets DVD ne peuvent que tomber à pic pour saisir les enjeux qui se jouent sur l'autre versant de l'atlantique. Dans
Primary et Crisis, les réalisateurs Robert Drew, Richard Leacock et D. A. Pennebaker suivent deux sénateurs en campagne. L'approche des documentaires est révolutionnaire : le direct prime, et le pouvoir des images s'immisce dans la politique, au plus près de l'homme en question.
La course au renouveau s'amorce aussi en marge du cercle des officiels, sous un aspect tragique comme le prouve
The Murder of Fred Hampton et American Revolution 2 de Mike Gray et Howard Alk. Le coffret de ARTE VIDEO revient sur l'assassinat de Fred Hampton, leader des Blacks Panthers, mort en 1969 à l'âge de 21 ans. Ces deux coffrets synthétisent les profondes blessures américaines qui ne cessent d'avoir des répercussions sur leur image et leur débats intrinsèques. Je panse donc je suis?
Alors, sommes-nous à nouveau plongés dans les années 70 ? Tant dans la morosité que dans l'espoir d'un sursaut, les seventies semblent indétrônables. Dans
Le Nouvel Hollywood, de Peter Biskind, et
Le cinéma américain des années 70, de Jean-Baptiste Thoret, les deux auteurs explorent cette Amérique brisée, embourbée dans des guerres, enlisée dans des scandales mais toujours alerte, au moindre soubresaut, vers la recomposition de tout un système. La ressemblance de « climat » avec notre époque reste entière. Scorsese, de Palma, Spielberg, Lucas, Hopper détrônèrent l'Ancien Hollywood. Et aujourd'hui, où chercher le renouveau ? Retour en arrière ou grand saut en avant ?
Et Venise, qu'en est-il ? Alors que le festival de Deauville a clos une édition terne, Davide Turrini, critique italien, revient sur cette
65eme Mostra d'Arte Cinematografica del cinema di Venezia. Depuis longtemps pied-à-terre des studios hollywoodiens, ce crû 2008 aura été expérimental et géographiquement diversifié. Ce bouleversement éclectique n'est pas le fruit du hasard : la réorganisation de l'escouade Marco Muller affiche désormais une programmation
low profile. Ainsi, les mastodontes américains furent réprimandés pour laisser les acteurs remporter les fruits de leurs interprétations (Mickey Rourke portant sur ses épaules
The Wrestler de Darren Aronofsky, Lion D' Or, Dominique Blanc Meilleur actrice
Pour L'Autre de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic. )
. Oui, certainement, mais bien possible.