La Maison Européenne de la Photographie accueille en ce moment, et ce jusqu’au 6 janvier 2008, une exposition intitulée Tulsa, 1963-1971. A cette occasion, nous marchons dans les pas de Larry Clark qui, en 1963, après ses études à la Layton School of Art de Milwaukee (Wisconsin), revient dans sa terre natale. Les photographies prises au cours de cette période (1963-1971) ont ensuite été réunies dans le livre Tulsa paru aux Editions Lustrum Press New York en 1971.
L’atmosphère est bien celle attendue. A l’image des films que réalisera plus tard Larry Clark (poussé et soutenu par Gus Van Sant et Martin Scorsese), l’exposition ouvre l’œil sur la décadence et les dérives du monde adolescent. Plongé, tout comme l’était Larry Clark à l’époque, au cœur de cet univers au goût amer, le spectateur, amateur photographe ou non, connaisseur ou non du monde bien particulier de Clark, ne peut qu’être touché, interpellé. Ces clichés, par leur force et leur sujet ne peuvent en aucun cas laisser de marbre. Aujourd’hui encore, ils choquent, dérangent, tout comme ses films, Kids, Bully ou encore Ken Park.

Le noir et blanc sur les grands murs blancs de la Maison Européenne de la Photographie rend cette réalité encore plus noire et plus froide. Les clichés de gamins, seringue à la main ou déjà plantée dans le bras, se succèdent. Une femme enceinte, le ventre tout rond, s’envoie une dose d’oubli dans les veines. La photographie suivante montre un bébé, à peine né et déjà mort, dans un cercueil. Mise en avant de cause à effet ?
Témoin ou acteur, le rôle de Larry Clark, donc du photographe, semble très ambigu. L’hyperréalisme des clichés sans pudeur saute aux yeux. Mais, étrangement, une certaine poésie s’en dégage. Les photographies sentent la violence, le sexe et le montrent, souvent de manière très crue. La drogue, au premier ou en arrière plan, est toujours dans le cadre. La mort aussi. Elle semble planer sur chacun des protagonistes sans qu’aucun d’eux ne paraisse la voir approcher.
En 1971, la réalité d’un monde beaucoup plus glauque que le rêve américain auquel le pays peine déjà à croire, se révèle alors aux yeux de tous, ou presque. Ce que certains ne voulaient ni voir ni croire devient réalité. Une bulle de rêve explose pour donner naissance et laisser place à une goutte noirâtre de désespoir. Désespoir qui entraîne nombreux adolescents dans un trou sans fond, un tourbillon dans lequel sexe, drogue et violence semblent être les seules façons d’échapper à l’ennui et tout ce qu’il entraîne ou emporte avec lui.
A regarder ces clichés, les uns après les autres, notre esprit oscille entre pessimisme et réalisme. Quelques explications (trop peu nombreuses tout au long de ce parcours, de cette chute) nous livrent des pistes et nous mènent à penser que ces photographies sont finalement très (trop ?) proches de la réalité de l’époque. Et Larry Clark semble très bien placé pour en parler et la montrer.
Cette réalité n’est évidemment pas celle de tous, mais d’un plus grand nombre que ce que l’Amérique croit. Fermer les yeux n’aidant en rien, Larry Clark choisit au contraire d’exposer ces déviances au grand jour. Scandale à l’époque, scandale aujourd’hui encore (exemple parfait de la censure dont a été victime son film Ken Park dans certains pays). Il est tellement plus facile de regarder ailleurs…
Morgane Postaire